▷ Virement de bord : orchestrer la manoeuvre sans bémol (2/2)

Vous avez déjà raté un virement de bord?

D’où venait le problème?

Ne cherchez pas de bouc émissaire.

Même si c’est parfois très tentant, je vous l’accorde.

Je suis moi aussi très tenté parfois.

Mais ce n’était pas la faute d’un équipier en particulier. C’est tout l’équipage qui doit se remettre en question, pour progresser.

Ainsi l’équipage sera mieux synchronisé pendant toute la chronologie de la manœuvre du virement de bord.

Si vous le voulez bien,  (re)-voyons chaque étape ensemble.

N’hésitez pas à me mettre en commentaire votre avis sur la chronologie que je décris ici.

Dans l’article précédent, on a vu qu’on devait enchaîner les virements de bords  pour atteindre un lieu face au vent. C’est-à-dire louvoyer dans la zone interdite du vent debout. Puis, on a fait connaissance avec les écoutes de voile d’avant.

On a aussi rappelé l’importance de la vitesse pour pouvoir passer l’axe du vent et éviter le manque à virer.

Ensuite, le chef de bord a sélectionné un équipier pour chacun des postes y compris en cas d’équipage réduit. Notre bateau est prêt : il navigue au près, il porte les voiles du temps et celles-ci sont bien réglées et il a suffisamment de vitesse.

Il est temps maintenant de voir la chronologie du virement de bord.

La manoeuvre doit être rapide pour ne pas risquer de rater le passage du lit du vent. La communication est réduite au strict minimum. Chacun doit savoir ce qu’il doit faire et le faire au bon moment. De fait, la coordination de l’équipage est essentielle.

Une fois que vous aurez lu cet article, vous deviendrez un vrai mélomane du virement de bord.

Tous en scène !

virement de bord a la voile tous en scene

Tous en scène pour le virement de bord

Le hurlement du vieux loup de mer : “Paré à virer?”

Le chef de bord/Le barreur : “Paré à virer?”

Le chef de bord vérifie qu’il y a de l’eau pour faire la manoeuvre. C’est-à-dire qu’il s’assure qu’il a suffisamment de place pour virer de bord. Un petit coup d’oeil derrière les voiles s’impose. Même si une veille à 360° a été faite récemment, on n’est jamais trop prudent. Il faut bien s’assurer que rien ne fera obstacle au bateau sur son futur cap.

Ensuite il demande à (très) haute voix : “Paré à virer?”.

Pare virer de bord meute vieux loup mer a la voile 2

L’appel du vieux loup de mer : “Paré à virer?”

C’est le signal de rassemblement de la meute des équipiers pour préparer la manoeuvre à venir. On vient de sonner le glas de l’oisiveté. Chacun va se mettre à son poste et se prépare aux actions qu’il devra réaliser.

En début de virement le bateau est gîté, c’est-à-dire incliné dans un sens. Si par exemple il reçoit le vent du côté droit, il est tribord amure et penche vers bâbord, la gauche (A).

En fin de virement, il sera penché dans l’autre sens. Il sera alors bâbord amure, vent reçu de la gauche. Et il sera gîté sur tribord c’est-à-dire penché sur la droite (B).

virer changer amure tribord babord gite droite gauche a la voile

Changement d’amure: gîté sur un bord puis incliné de l’autre côté

Alors dans un voilier habitable, on s’assure qu’à l’intérieur aucun objet et aucune personne ne risque de tomber et de rouler au sol.

Et plus précisément, on pensera aux objets dans le coin cuisine, sur la table à carte et, s’il y en a, aux personnes allongées sur les banquettes dans le carré. Sinon, ça peut vite devenir le chaos pendant le virement de bord.

virement de bord roulade dans le carré a la voile

Roulade dans le carré pendant le changement d’amure

Tout le monde doit être prévenu, l’effet de surprise n’est pas de mise. Ce serait une blague de très mauvais goût.

Et dans le cockpit, on s’assure de ne pas être sur le chemin des éléments suivant du voilier : la bôme, l’écoute de grand voile et son chariot d’écoute. En particulier l’équipier à la grand voile. Dans le cas contraire, on risque de se faire un vilain bobo à leur passage d’un bord à l’autre du bateau.

Le barreur: allure de près, prévision du cap en sortie de virement

Il s’assure d’être au près et garder son cap. Il évalue le cap à la sortie de virement en prenant un repère à 90° de la route actuelle. Un bon repère est de visualiser une droite imaginaire au niveau de la poupe (l’arrière) du bateau. Cette droite doit être perpendiculaire à l’axe principale avant-arrière du bateau.

virement de bord repere a la voile

Repère de sortie de virement : ligne imaginaire à 90° du bateau

De tous les postes, c’est donc le barreur qui est le mieux placé pour l’évaluer. Il visera un point légèrement au vent de l’objectif, défini par le chef de bord. Et il annonce “Paré”.

L’équipier à la Grand-Voile (GV) : chariot de GV centré, écoute prête à border

Il centre le chariot de la GV et se tient prêt à border l’écoute. Quand il a fini, il répond à voix haute “Ahoouuuuuuuuuuuuuuuuu!” euh je veux dire : “Paré”.

 

L’équipier à l’écoute de voile d’avant : pince de crabe, écoute prête à filer

Il vérifie que l’écoute de voile d’avant est prête à filer, c’est-à-dire, à être complètement libérée. Cela veut dire que l’écoute au sol dans le cockpit ne doit pas ressembler à un plat de spaghettis prêt à faire plein noeuds si on tire dessus!

Cela veut aussi dire qu’il ne doit pas être assis sur l’écoute et que personne ne doit avoir le pied dessus. Alors oui, j’avoue, c’est parfois très drôle, mais ça peut être dangereux dans certaines circonstances. Alors prudence matelot.

Ensuite, il retient l’écoute à une main en faisant une pince de crabe au niveau du corps du winch, la poupée du winch, là où s’enroule le cordage.

winch taquet coinceur sans selftailing

Winch et son taquet coinceur, sans self tailing

Enfin, il va ensuite libérer l’écoute du taquet coinceur ou de la mâchoire du self-tailing, si c’est un winch self-tailing.

winch self tailing machoire guide a la voile

Winch self-tailing avec guide métallique et mâchoire self-tailing

En pinçant l’écoute d’une main, il empêche l’écoute de filer, ainsi il ne perturbe pas le réglage de la voile d’avant.

Pince de crabe winch virement de bord a la voile

Pince de crabe : à faire autour de la poupée, le corps, du winch

Il n’oubliera pas de maintenir sa pince de crabe : on ne lâche rien pour le moment !!

Quand il a terminé, il répond lui aussi à voix haute : “Paré”.

 

L’équipier à la contre écoute : maxi 2 tours au winch, du mou à la contre écoute

L’équipier à la contre écoute vérifie que la contre écoute est claire et qu’il y a du mou en suivant de l’oeil son parcours depuis le point d’écoute qui se situe à l’arrière de la voile jusqu’au cockpit.

Il prépare la contre écoute en faisant, pour le moment, que deux tours autour du winch, voir un seul pour les petits voiliers. Deux maximum, j’insiste, on verra pourquoi plus bas. Les tours autour du winch se font toujours dans le sens horaire. En cas de doute, on peut faire tourner le winch à la main, sans y mettre l’écoute, pour vérifier dans quel sens il tourne.

Ecoute autour du winch sens des aiguille d'une montre a la voile

Le winch fonctionne dans le sens des aiguilles d’une montre

Il faut toujours utiliser le winch. Le vent qui souffle dans la voile est bien trop fort pour nos mains seules. Par contre, éviter de faire plus de deux tours au départ. Sinon vous prenez le risque de surpatter.

Winch surpattage de ecoute de foc a la voile d'avant

Surpattage de l’écoute sur la poupée du winch

Le surpattage, c’est lorsque l’écoute se croise autour de winch. L’écoute devrait au contraire s’enrouler gentiment autour de la poupée du winch. Le surpattage coince l’écoute autour du winch à cause de la tension qu’exerce la voile sur l’écoute. Donc à éviter. Si ça arrive, ce n’est pas la fin du monde,. La solution, c’est de reprendre la tension avec un autre bout grâce à un noeud de bosse. Pour l’éviter, faites bien deux tours lorsqu’on reprend à la main et plus lorsque ça deviendra difficile.

Il s’assure d’avoir la manivelle de winch à portée de main.

manivelle de winch a la voile

Deux manivelles de winch valent mieux qu’une

Il vérifie aussi la position du chariot de la contre écoute. Ce chariot doit se trouver au même niveau que son voisin au vent. On pourra aussi l’avancer un peu par rapport à la position voulue pour pouvoir jouer sur le réglage plus facilement.

Pourquoi?

Et bien, tout simplement parce qu’il est toujours plus facile d’avancer le chariot que de le reculer. Du coup, on pourra sans trop d’effort modifier le réglage par rapport à l’autre amure.

Il se tient prêt à reprendre rapidement la contre écoute, au bon moment! Pour l’instant, il fait bien attention à ne pas mettre de tension sur la contre écoute, en gardant du mou.

Et enfin annonce fièrement : “Paré”.

 

On fait sonner le gong : “On vire”

On a pris le pouls de la salle de spectacle, tout le monde est prêt et a clamé “Paré!”. On peut maintenant lever le rideau ?

Pas si vite !

faux depart virer de bord vague a la voile

Faux départ : déclencher le virement au bon moment

Avant de déclencher la manoeuvre, il faut attendre le moment propice. Par mer calme, le bon moment, c’est lorsque l’équipage est “paré” et qu’il n’y a pas d’obstacle à la manoeuvre, ni sur le nouveau cap du bateau.

Lorsqu’il y a de la houle avec des creux de 2 mètres, les choses se compliquent un peu. On va attendre d’être sur l’arrière de la vague, après la crête, pour commencer à virer de bord. On passera face au vent pendant la descente dans le creux de la vague. Si le timing est bon, la vague suivante devrait nous aider à abattre pour qu’on se retrouve sur l’autre amure.

 

Le chef de bord/Le barreur : “On vire!”

Pour amorcer la manoeuvre, on va guetter le bon moment. Ensuite, on doit l’annoncer haut et fort. Il y a deux écoles : “On vire” ou “Envoyé”. Le premier est plutôt old school, le deuxième est plus branché. Dans les deux cas, on ne peut plus faire machine arrière. Les dés sont jetés.

 

Le barreur : un mouvement progressif et franc

Le barreur lance le virement avec la barre. Il va diriger le nez du bateau vers le vent. Pour lofer, il va tourner la barre à roue pour aller vers le vent . Dans le cas d’une barre franche, il va rapprocher la barre franche des voiles (c’est-à-dire pousse la barre SI ET SEULEMENT S’il est face aux voiles). Comme on l’a vu dans cette vidéo : Barre vers Voiles = Bateau vers Vent.

L’idéal est de pousser lentement au début et d’amplifier le mouvement sans à-coup. On cherche à lofer de manière rapide mais pas trop violemment pour ne pas casser la vitesse du bateau.

Et il faut aussi penser à ses équipiers, en particulier ceux qui s’occupent de la voile d’avant. Le barreur doit leur laisser un temps suffisant pour pouvoir s’occuper du passage de la voile d’avant.

Chaque coup de barre est un coup de frein a la voile

Ne faites pas comme Homer, éviter les  coups de frein à la barre

 

Il peut faire un seul mouvement de barre, pas brusque mais un mouvement progressif et franc. Il met ensuite un point d’orgue à conserver un angle de barre constant pendant tout le reste de la rotation pour ne pas freiner le bateau car chaque coup de barre est un frein!

L’équipier à la GV : on suit l’auloffée en surbordant

L’équipier à la GV va suivre à la voile l’action de lofer du barreur. Il accompagne l’auloffée réaliser à la barre en surbordant l’écoute de la grand-voile. Il va la border progressivement et à l’excès, jusqu’à ce que la bôme soit positionnée complètement dans l’axe du bateau.

Quel est l’intérêt de surborder la GrandVoile pendant l’auloffée?

Et bien, on la borde un maximum parce qu’on veut qu’elle reste propulsive le plus longtemps possible pour nous permettre de lofer. En effet, par rapport à la voile d’avant, la GrandVoile est celle qui est la mieux placée sur le bateau pour nous aider à aller vers le vent.

Mais pourquoi donc?

Parce qu’elle se trouve à l’arrière du centre de rotation du voilier. Sur l’eau, le voilier est sur un pied, qui se trouve à peu près au centre du bateau. C’est son plan de dérive, qui est soit une quille soit une dérive. Le bateau tourne autour de son pied, comme une toupie.

 

toupie spinner axe de rotation bateau a la voileLe voilier tourne autour de son axe de rotation comme un spinner

Je vous explique avec (un peu) plus de détails.

Lorsque le vent souffle dans la GrandVoile, il repousse l’arrière du bateau. Lorsqu’il souffle sur la voile d’avant, il pèse plus sur l’avant du bateau.

Pendant la remontée vers le lit du vent , la voile d’avant va commencer à faseyer (battre dans le vent) alors que la voile d’arrière, enfin je veux dire la GrandVoile, va rester gonflée. La GV reste propulsive grâce à l’équipier qui s’occupe de l’écoute de GV et qui va surborder la cette voile.

virement rotation quille a la grand voile d'avant

GrandVoile contre Voile d’avant : la rotation du bateau autour de la quille

 

De fait, la poussée du vent est plus forte à l’arrière du centre de rotation. Il y a un déséquilibre entre l’arrière et l’avant du bateau. Le bateau a donc tendance à tourner autour de sa quille (ou sa dérive). Mais dans quel sens? Dans le sens qui nous intéresse ! Le nez du bateau aura tendance à aller vers le vent.

D’où l’intérêt de conserver la GV gonflée le plus longtemps possible. On va la surborder pour qu’elle faseye le plus tard possible lorsqu’on lofe vers le lit du vent.

Du coup, on préserve un maximum notre vitesse, qui est, je vous le rappelle, une des clés de la réussite de notre manoeuvre de virement de bord.

 

La Voile d’avant commence à faseyer au niveau du guidant

L’équipier à l’écoute : libérez, délivrez… l’écoute de voile d’avant

On est d’accord, l’objectif est bien de libérer complètement l’écoute de voile d’avant. Mais attention tout de même à bien choisir le moment de larguer l’écoute qu’il tient de sa pince de crabe vigoureuse! Pas trop tôt! Ni trop tard d’ailleurs!!

Ne pas choquer trop tôt l’écoute de voile d’avant

Choquer trop tôt, et c’est la perte de puissance garantie. La voile d’avant, une fois libérée, ne sera plus gonflée. Elle ne va plus contribuer à faire tourner le bateau vers le lit du vent. La vitesse du bateau va décroître pile poil au moment où on en a le plus besoin. Comme on l’a vu dans la première partie, vous allez inviter le manque à virer à la fête.

En plus la Voile d’avant va plutôt vous casser les oreilles plus longtemps que vous l’auriez voulu. Comme une certaine blonde en robe bleue.

Reine des neiges chant a la voile

La Voile d’avant qui faseye : attention aux oreilles et aux coups de fouet de l’écoute

Vous aurez droit au cri de fatigue strident de la célèbre cantatrice : la voile d’avant faseyante. Cette pauvre voile va battre dans le vent plus de temps que nécessaire.

En prime, son écoute pourrait rester coincée sur un taquet au niveau du mât. Et la maline ne se privera pas de défaire le mou d’une drisse que vous aviez lovée avec amour puis rangée soigneusement par ici. Voire pire, vous risquez purement et simplement d’abîmer la voile.

Ne pas choquer trop tard l’écoute de voile d’avant

Choquer trop tard, et bonjour la perte de vitesse en fin de virement. La voile d’avant libérée après le passage de l’axe du vent, va se gonfler à contre. C’est à dire que la voile sera gonflée non pas vers l’extérieur du bateau mais vers l’intérieur.

Cela peut être utile dans certaines conditions pour faciliter le passage du lit du vent.

C’est le cas en multicoque, qui a plus de mal à tourner face au vent. Mais ça peut être tout aussi utile en monocoque. Par exemple, lorsque les vagues sont très rapprochées les unes des autres et qu’on a du mal à aller vers le vent. La voile d’avant gonflée à contre peut nous aider à pivoter dans le bon sens malgré les vagues.

Alors oui, on va effectivement pivoter et passer l’axe du vent, mais à quel prix?

On aura perdu beaucoup de vitesse. Parfois le bateau va même jusqu’à faire un moonwalk.

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Moonwalk du voilier face au vent, voile d’avant gonflée à contre

Il va reculer sous l’effet du vent dans la poche créée par le foc à contre. Il faudra donc que le bateau n’ait plus d’erre qui l’entraîne vers l’arrière pour ensuite le relancer vers l’avant et l’accélérer.

Sans compter que l’équipier à la contre écoute qui va se faire des bras. Parce que lorsqu’on va (enfin!) libérer l’écoute du côté sur un bord, l’équipier sur l’autre bord devra embraquer la contre écoute.

embraqueur bras regleur foc a la voile d'avant

Séance de musculation des bras pour le régleur de voile d’avant

Le pauvre…deux éléments sont contre lui. D’abord, il a une grande longueur de cordage à reprendre très rapidement, parce qu’on est déjà sur l’autre amure. Ensuite, parce que la voile est déjà gonflée sur l’autre bord. Elle va donc exercer beaucoup de tension sur le cordage à reprendre.

Le moment idéal pour choquer la voile d’avant?

La partie de la voile qui faseye en premier est l’avant de la voile. C’est la première partie qui reçoit le vent : son guidant. Alors l’équipier à l’écoute scrute cette partie avec attention. Lorsque le premier tier de la voile d’avant faseye, elle nous a donné toute la puissance pour pivoter. C’est le bon moment pour la laisser prendre son envol vers l’autre bord du bateau, telle la blanche colombe.

virer de bord blanche colombe libérée a la voile d'avant

La voile d’avant libérée prend son envol

L’équipier à l’écoute de la voile d’avant va choquer en grand la voile d’avant en relâchant la pression de sa main. Il va ouvrir, sans trop de regret, sa fameuse pince de crabe.

Ensuite, il déroule complètement l’écoute qui est enroulé autour de la poupée du winch. Cette fois-ci ce sera dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Il faut bien dégager l’écoute complètement du winch. Avec de la pratique, on acquiert le coup de main.

C’est un geste qui doit être rapide et efficace. Lorsqu’il est bien réalisé, on pourra même vous dire que vous le faites avec beaucoup de classe.

Une fois libérée, il vérifiera que l’écoute en filant ne fait pas de nœud ou ne se coince pas dans le winch ou un taquet coinceur. Maintenant qu’il n’a plus grand chose à faire. Il pourra utiliser son poid pour participer à l’auloffée, en restant sous le vent, là où il est déjà.

Il accentue ainsi la gîte du bateau. Ce qui participe à faire lofer le bateau. Parce que : un bateau qui gîte a tendance à lofer.

Pourquoi un bateau qui gîte a tendance à lofer?

Deux éléments  de réponse.

Le premier, c’est grâce à la forme de la partie immergée de la coque du voilier gîté : la carène du bateau.

Lorsqu’on gîte, la partie immergée au vent, du côté où on reçoit le bateau, est plus petite que la partie sous le vent, côté opposé au vent.

Le bateau prend donc plus appui sur le côté sous le vent.

C’est comme si on donnait de plus gros coups de rame d’un côté que de l’autre d’un kayak ou canoë. Le nez de notre barque ira du côté opposé de l’appui dans l’eau.

En ski chasse la neige, en ski parallèle ou en snowboard, c’est pareil! On appuie en mettant plus de poids d’un côté (extérieur du virage), on tourne vers le côté opposé.

virer de bord forme carène gîte a la voile

En voile, kayak ou ski : prendre appui d’un côté fait pivoter vers l’autre côté

En conclusion : Un bateau qui gîte, c’est un bateau qui lofe.

Alors on dit merci qui? Merci la carène!

Le deuxième phénomène qui rentre en jeu, c’est un déséquilibre entre les forces de l’eau (hydrodynamique) et du vent (aérodynamique). On abordera ce sujet dans un prochain article.

Le Bateau est face au vent : il est à plat, ne gîte plus

La Voile d’avant se déplace vers l’autre bord du bateau en faseyant.

L’équipier à la contre écoute : embraque à perdre haleine.

Comme vous vous en doutez, l’objectif est de positionner la voile d’avant sur l’autre bord du bateau. Mais attention, là encore, à le faire dans le bon tempo.

Tout comme l’opération de libérer la voile doit être fait dans le bon timing, la reprendre sur l’autre bord aussi. On doit ici aussi choisir le bon moment de border l’écoute.

Ni trop tôt et ni trop tard !!

Ne pas border trop tôt l’écoute de voile d’avant

Cela ne sert à rien de tirer comme un bourrin sur le bout avant que la voile ne vous fasse signe. Si la voile n’est pas encore prête à passer de l’autre côté, il faut prendre son mal en patience.

tirer comme un bourrin cordage a la voile

Tirer comme un bourrin sur un cordage peut avoir de graves conséquences

Le fait de border trop tôt l’écoute peut avoir des conséquences graves!

Vous voulez savoir ce qui se passe lorsqu’on est trop pressé?

Oui?

Alors, je vais vous raconter ce qui m’est arrivé.

Il était une fois, un équipier, dont la devise était “Au taquet!”. Lorsque résonnait le fameux “Paré à virer?”, il était toujours le premier à son poste, prêt à dégainer sa manivelle de winch et éliminer toute trace de bout qui ne serait pas tendu à mort.

Un jour de beau temps, de nombreux voiliers étaient sur l’eau. On était sur un long bord de près, bâbord amure, en direction de notre prochain mouillage protégé de la houle et encore peu fréquenté. On en profitait pour tester le vrillage et la position du creux des voiles. Et on vérifiait, à chaque changement de réglages, le gain ou la perte de vitesse au speedo.

Quand soudain, on a remarqué un voilier en route de collision, qui lui était tribord amure. Il était donc privilégié : c’était à nous de changer de cap. À jouer avec les réglages, on en avait presque oublié la veille sous le vent. L’autre voilier était bien caché derrière nos voiles.

veille a 360 sous le vent a la voile

Veille sous le vent indispensable, pas seulement au départ d’une course

Comble de malchance, on était trop prêt de la côte : il n’y avait pas assez de place pour abattre : on devait manoeuvrer pour virer de bord rapidement.

Heureusement, on avait encore le temps pour faire un virement de bord express. Et éviter ainsi une catastrophe annoncée.

Tout se passa très bien, en début de virement. Le stress d’un éventuel abordage avec un autre bateau avait mis tout le monde dans un état d’alerte optimal pour agir. Communication, préparation et auloffée vers le vent étaient juste parfaitement synchronisées, comme dans un rêve.

Par contre, lorsque le nez du bateau était sur le point de passer l’axe du vent, le bateau s’est mis à ralentir…

L’équipier à la contre écoute (toujours au taquet) avait embraqué trop tôt une bonne longueur de cordage. Du coup, la voile d’avant avait repris le vent sous l’amure initiale. Elle était gonflée à contre.

PANIQUE À BORD!!!

Panique à bord virement de bord urgence a la voile

Juste avant un virement de bord d’urgence

Et là, j’ai (un peu) gueulé “choque ton écoute!”.

Il s’est tout de suite exécuté et a relâché l’écoute.

Mais il était déjà trop tard.

Le bateau avait déjà commencé à pivoter… dans le sens inverse!

Alors on s’est très vite remis au près. Toujours bâbord amure. La voile d’avant a été rétablie à sa position de départ. Le bateau a repris de la vitesse. Et on a refait un virement de bord.

Cette fois, sans aucune fausse note.

Il s’en est fallu de peu. L’autre voilier qui venait vers nous s’était préparé lui aussi à virer de bord pour nous éviter. Mais il a pu finalement conserver son cap.

Ce manque à virer aurait pu avoir des conséquences catastrophiques. Le choc entre deux croiseurs laissent des traces, et peut coûter très cher.

Depuis ce jour, croyez moi, je n’oublie plus la veille sous le vent régulière. En tant que chef de bord, il faut savoir se remettre en question… Et je rappelle souvent à l’équipier à la contre écoute de ne pas border son écoute trop tôt.

Mais alors, il fait quoi en attendant l’équipier à la contre écoute?

virer de bord Impatience embraque equipier contre ecoute a la voile

L’équipier à la contre écoute doit être patient

Et bien il  va observer ce qui se passe à l’avant et va rester au contact avec le bateau et le vent :

  • La voile faseye déjà?
  • Le bateau gîte toujours?
  • La voile a déjà été choquée en grand?
  • La sensation du vent sur ma peau a changé?
  • Où est positionnée la voile?
  • Elle se déplace vers mon côté du voilier?

virement de bord déhanché envoutant a la voile d'avant

Déhanché envoûtant de la voile d’avant pendant le virement de bord

Attention à ne pas succomber complètement au charme de son déhanché envoûtant au rythme du vent. On a dit pas trop tôt, mais il ne faut pas non plus agir trop tard!

Ne pas border trop tard la contre écoute de voile d’avant

Et oui!

On se retrouve dans la même situation que lorsque l’équipier à l’écoute choque son écoute trop tard. C’est ce qu’on a vu quelques lignes plus haut, rappelez vous. L’équipier à la contre écoute va faire face à deux contraintes.

La première, c’est le kilomètre d’écoute qu’il va devoir reprendre en 2 secondes chrono. Autant dire que c’est mission impossible, même pour un Tom Cruise sur-entraîné. Il n’aura pas pu profiter de l’intervalle où la force de traction de la voile sur l’écoute est quasi nulle. Il ne pourra donc pas reprendre beaucoup de longueur à la main.

virement de bord embraquer ecoute mission impossible a la voile tom-cruise

“Ne pas border trop tard” : ce conseil ne doit pas s’autodétruire de votre mémoire

La seconde, c’est la voile gonflée à bloc, qui va lui donner du fil à retordre pour la border dans le bateau. Cela va fatiguer l’équipier à la contre écoute qui va devoir quasiment tout faire à la manivelle de winch.

Et la voile pourrait bien se prendre dans un chandelier à l’avant du pont. Ouuuups. Et là, il faudra bien souvent aller la déloger à la main. Qui s’y colle en général? Celui qui ne fait pas grand chose à ce moment, c’est-à-dire l’équipier qui était à l’écoute.

virement agacement aller a l'avant a la voile filière balcon

Lorsqu’on doit décoincer la voile à l’avant sur le pont pour la énième fois consécutives

Et pendant ce temps, le temps passe. On va en perdre du temps pour relancer le bateau sur l’autre amure. Parce que la voile ne sera pas rapidement bien réglée. Et aussi parce que le barreur, en équipier solidaire, va reloffer un peu pour diminuer la tension sur l’écoute. Il soulagera ainsi celui qui doit la reprendre. En régate, vous pouvez oublier ce dernier point : l’équipage ne sera pas aussi tendre car chaque seconde compte.

 

Le moment idéal pour border la voile d’avant?

Un bon repère à avoir est l’axe principal du bateau. Tant que la voile n’a pas passé la ligne imaginaire qui sépare en deux le bateau d’avant en arrière : on attend bien sagement en admirant la voile qui faseye.

Le moment venu, il faudra agir vite. Alors, au premier faseyement de la voile, la tension monte. L’équipier à la contre écoute est dans les starting blocks, prêt à s’engager dans le sprint de sa vie. Il se positionne pour ne pas perdre l’équilibre pendant l’effort intense qu’il anticipe.

Il suit avec attention chaque mouvement de la voile d’avant. Les battements de son coeur se synchronisent totalement avec ceux de la voile.

Le point d’écoute de la voile fait des va et vient au rythme du vent. D’abord sur le bord initial. Puis se déplace progressivement vers l’autre bord. Ensuite se retrouve face au mât.

Pendant tout ses va et vient, il a pris soin de reprendre délicatement un peu du mou de l’écoute, sans la mettre en tension. Il réalise cette opération avec prudence. Comme un fauve qui cherche à surprendre sa proie.

virment de bord récuperer le mou ecoute a la voile fauve lent

On récupère le mou de la contre écoute avec prudence, comme un fauve en chasse

Très lent au début, on se rapproche de la proie sans se faire remarquer. Puis on se jetera dessus le moment venu, pour l’achever d’un seul coup, bien ciblé.

Lorsque le point d’écoute ne revient plus de l’autre côté du mât. Le temps s’arrête.

C’est le moment.

GOoooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo!!!!!!!!!!!!!!

virment de bord récuperer le mou ecoute a la voile fauve rapide

La proie est à notre merci : on embraque à fond!

Il a quelques micro-secondes pour embraquer, c’est-à-dire reprendre un maximum d’écoute à la main.

Il devient une vraie machine de guerre.

La tension sur l’écoute monte crescendo.

Il embraque comme un fou.

Il se découvre une force qu’il ne soupçonnait même pas (y compris vous, gente dame).

La voile n’a même pas le temps de dépasser la filière et se retrouver hors du bateau.

Bravo l’artiste!

virement de bord embraque a la voile d'avant foc tout un art

Bien embraquer la voile d’avant, c’est tout un art

La tension sur l’écoute est maintenant trop forte.

Il n’est plus possible de continuer à la main. Il finira de border sa voile avec un tour de winch de plus. Avec une “pince de crabe” autour de la poupée du winch, il rajoute son tour et met le cordage au self-tailing du winch. Il utilisera ensuite la bonne vieille manivelle de winch.

Barreur poursuit son auloffée

Au même moment, le barreur poursuit sa trajectoire. Il garde le même angle de barre pour ne pas freiner le bateau. Sauf bien sûr, s’il juge nécessaire d’aider l’équipier à la contre écoute comme on l’a vu plus haut.

Attention quand même à ne pas trop reloffer. Car en voulant aider, il pourrait bien provoquer un manque à virer.

Equipier à l’écoute de voile d’avant

Il a fait le boulot. Il pourrait presque se tourner les pouces. C’est vrai qu’il n’a plus d’action à réaliser. Mais il peut toujours contribuer à l’équilibre du bateau. Son poids est très utile! Il restera donc bien sagement à sa place. Il est déjà bien placé pour être à la contre gîte, lorsque le bateau sera gîté (incliné) sur l’autre bord.

Il pourra bien sûr faciliter la vie de ses copines et copains d’équipage. Par exemple, en passant la manivelle de winch à son voisin de la contre écoute. Ou en repassant la jupe de la Voile d’avant à l’intérieur du bateau si elle se coince dans un chandelier ou derrière le balcon avant. Parce qu’on s’entraide entre embraque (= équipiers réglant la voile d’avant).

virement de bord Entreaide embraque a la voile

Entre embraque, idéalement, on s’entraide

Quand La GV passe l’axe du vent  :

La GV se regonfle de l’autre côté. Le voilier est maintenant sur sa nouvelle allure

Barreur amorce l’abattée

Lorsque la GV passe l’axe du vent, il est temps d’abattre progressivement sur l’autre amure. Lentement mais sûrement, le barreur commence à remettre la barre dans l’axe du voilier.

Le changement d’amure en passant face au vent à fait perdre au bateau pas mal de vitesse. Le barreur pourrait se contenter de revenir jusqu’au près. On règle les voiles sur l’autre amure. Et ainsi se terminerait la manoeuvre.

Oh non… Déjà?

Pas forcément!

Pour faire durer le plaisir, il pourra faire…

… Une relance!

Virer de bord relance a la voile Chuck Norris

Même Chuck Norris approuve la relance

Cela va permettre d’aider le bateau à regagner plus vite sa vitesse de croisière.

La relance n’est pas très utile lorsqu’il y a du vent. Par force 4 et plus, le bateau se relance tout seul. On peut donc passer du près d’une amure au près sur l’autre amure sans relance.

Pour relancer le voilier, le barreur va lui redonner un coup de fouet en abattant plus que nécessaire. C’est-à-dire plus abattu que l’allure de près. Il reprendra ensuite son cap au près, une fois le bateau relancé.

Comment est-ce qu’il va bien pouvoir deviner à quel moment il est sous l’allure de près?

C’est très simple. Il faut juste rester au contact du bateau. On va aborder ce point un peu plus bas.

L’équipier de GrandVoile choque la GV.

Dès que la GV se regonfle sur l’autre bord, l’équipier à la GV choque l’écoute de la Grand-voile qu’il avait sur-bordé auparavant.

Qu’on se comprenne bien, il ne va pas pour autant choquer en grand son écoute. La bôme doit rester dans le bateau. Il va juste la choquer un peu plus que le réglage d’un près pour assurer la relance.

L’objectif est double : faciliter l’abattée du bateau et obtenir un réglage pour le bon plein où le barreur va pouvoir relancer le bateau.

Souvenez-vous de ce qu’on a vu sur le centre de rotation du bateau. Avec une voile d’arrière, la GV, choquée et une voile d’avant bordée, le vent pèse plus sur l’avant cette fois. Le nez du voilier sera donc entraîné vers l’arrière par le vent. Notre bateau va pivoter dans le sens d’abattre, le sens qui nous intéresse.

Tous les équipiers se mettent sur l’autre bord du bateau, sauf un!

À l’exception de l’équipier à la contre écoute, tous les autres équipiers vont changer de place. Tant que le bateau est encore à plat c’est le moment idéal pour aller sur l’autre bord. On va pouvoir plus rapidement se mettre à l’aise sur l’autre bord avant que le bateau ne se remette à gîter de nouveau.

 

Montez en gamme avec la relance

Le barreur : abat légèrement puis reloffe

Pendant la relance, le barreur s’éloigne du vent à une allure plus abattue que le près : le bon plein.

Le près, c’est l’allure où le voilier est le plus gîté.

A. Le voilier est au près, il gîte.

B. Pendant l’abattée, le bateau part face au vent, à plat. Les voiles faseyent.

C. Puis il va s’incliner de plus en plus jusqu’au près.

D. En abattant au-delà de cette allure, le bateau va commencer à gîter de moins en moins en passant du bon plein, puis au petit largue

E. Il va même se retrouver de nouveau à plat lorsqu’on va se diriger vers des allures de portant (où un peu plus tôt, s’il y a peu de vent).

virement de bord gite abattre lofer a la voile

Gîte du voilier en fonction de l’allure

C’est principalement l’inclinaison du bateau qui va permettre de distinguer quand on aura abattu au delà du près. Les autres signes, tout aussi utiles, sont :

  • les sensations de vitesse du vent sur la peau;
  • l’écoulement de l’eau sur le safran ressenti à la barre;
  • et, si la voile d’avant est déjà réglée pour le près, la danse du penon extrado (le petit bout de laine caché derrière la voile) .

Bon, on est d’accord. Vu la position du barreur sur le bateau, il y a peu de chance qu’il puisse voir le penon décroché. Il ne pourra pas utiliser le dernier repère. Surtout que toutes les voiles d’avant ne sont pas coiffées de ces franges sur leurs fronts.

virer de bord penon intrado a la voile d'avant

Penon intrado (en rouge) : on peut l’observer facilement, contrairement à son cousin l’extrado

Quelques millisecondes passées au bon plein et on sent déjà le bateau qui respire à plein poumon. Il est plein d’une nouvelle énergie. Il n’attend qu’une chose, pouvoir de nouveau aller titiller le vent de très près.

Virement de bord excitation bateau relance a la voile

Le bateau relancé est impatient d’aller titiller le vent de très près

Le barreur va alors pouvoir re-loffer vers le près et prendre son nouveau cap. Mais il n’est pas seul dans cette tâche, il peut compter sur l’équipier à la GrandVoile pour l’épauler.

 

La GrandVoile : reborde en douceur

L’équipier à la GrandVoile a déjà choqué La GV. Juste après que la GV soit passé sur l’autre bord. Vous vous souvenez?

Et bien, il va ensuite reborder la GrandVoile. Quand ? Lorsque la voile d’avant sera gonflée sur la nouvelle amure. C’est en général un bon repère. Cela coïncide aussi au moment où le barreur est plus abattu que le près.

L’équipier à la GrandVoile va commencer à tirer sur l’écoute pour reborder sa voile. Cela va amorcer l’aulofée, la remontée au vent, qui va être suivie à la barre par Madame la Barreuse. À l’écoute de GrandVoile, on va accompagner la montée au vent du barreur en rebordant progressivement au fur et à mesure qu’il lofe à la barre. Et de l’accélération du bateau.

La GrandVoile frémit un peu trop, et hop, on la borde.

Le barreur continue à loffer.

La GV fait signe qu’elle n’est pas encore assez bordée, et hop, on peut reprendre encore un peu d’écoute.

Ainsi de suite jusqu’au près.

Bouquet final : Réglage de voiles en sortie virement

Aux allures de près, l’ensemble d’air s’écoule quasiment dans la même direction de chaque côté des deux voiles. Grosso modo le vent n’est pas perturbé par la voile. Il va tout juste effleurer les voiles, avec douceur, tendresse et amour.

Cet écoulement est laminaire.

C’est lui qui nous permet de remonter au vent en étant aspiré par lui. Le voilier est attiré par le vent, comme un aimant. C’est presque magique quand on y pense.

Et la magie, ne s’arrête pas là!

On va pouvoir observer cet écoulement grâce à nos bottes secrètes: les penons et les faveurs. Ils vont nous permettre de rendre visible l’invisible. Et les relations intimes entre la voile et le vent nous seront dévoilées au grand jour!

On va voir tout ça maintenant, en décrivant le rôle de chaque régleur.

L’équipier à la contre écoute

C’est maintenant lui qui doit régler la voile d’avant. Il devra faire appel à sa meilleure amie : la manivelle de winch ! Il pourra aussi, si besoin, régler le chariot de la voile d’avant et ajuster l’écoute.

Il devient maintenant l’équipier à l’écoute. Celui qui était à l’écoute devient… équipier à la contre écoute.

Tadam!!

Les penons de la voile d’avant sont situées au niveau du guidant, l’avant de la voile. Lorsqu’ils sont de série, ce sont généralement des bouts de laine. Par convention, on trouve souvent un bout de couleur rouge à bâbord et un de couleur verte à tribord. Cela vous rappelle peut être les balises d’entrée de port et la fameuse phrase “un tricot vert et deux bas si rouge”. Lorsqu’ils sont d’occasion, on se contentera de ficelle plastique, colorée elle aussi, ou pas.

Quand est-ce que les penons nous révèlent la caresse laminaire du vent?

Lorsque les penons sont parallèles, à l’horizontal. S‘ils font un peu de zèle et se soulève de temps en temps, c’est bon aussi. Ne soyons pas trop psychorigide. Il faut bien les laisser vivre un peu, après tout.

L’équipier à la GrandVoile

Il a assuré la relance en bordant l’écoute. La tension de l’écoute est le premier réglage, le plus global.

Il dispose aussi du chariot qui pourra déplacer pour changer l’inclinaison de la voile sans toucher à son profil. La forme de la voile ne change pas, seul sa position par rapport au vent va varier.

Comme pour la voile d’avant, on va utiliser les penons pour régler le chariot.

Avec le chariot d’écoute de GV, on va chercher à obtenir des penons bien parallèles. Ils se trouvent au niveau de l’arrière de la GV. C’est pour cette raison qu’on les appellent aussi penons de chute de GrandVoile. On les appelle aussi des faveurs. Les faveurs sont des rubans de tissu léger, fait d’une voile de spinnaker recyclé par exemple. 

Quand est-ce que les faveurs indiquent un écoulement laminaire, comme on l’aime?

Le point limite est atteint lorsque la faveur la plus haute fait un peu la rebelle.

On va aussi pouvoir s’amuser avec les réglages fins de la GrandVoile. Il pourront être réalisées grâce à panoplie de ficelles disponible, ou non, sur le bateau sur lequel on navigue. Chaque bout va avoir une action sur l’un des trois côtés de la voile.

J’aborde tout ça avec un joli dessin dans la vidéo sur le petit prince de la voile légère.

La bordure (le bas de la voile):

  • la bosse d’empointure

Le guindant (l’avant de la voile):

  • la drisse
  • le cunningham

La chute (l’arrière de la voile):

  • le hale-bas
  • le pataras
  • le ris de fond

Hormis le pataras, tous les éléments d’accastillage qui permettent de contrôler ses bouts sont en général dans une zone à l’avant du cockpit. Si vous êtes moins chanceux, ils sont carrément en pied de mât.

position piano spinlock winch voilier a la voile

Position du piano sur un voilier

La zone où il se regroupe tous, pour que la fête soit plus folle, s’appelle le piano. On y trouve des winchs et des spinlocks pour régler la tension des cordages et les bloquées dans la position voulue. Bien que les réglages fins soient bien moins complexes que le solfège, il nécessite tout de même de la pratique, de l’observation et du bon sens.

virement de bord piano reglage fin a la grand voile

Les réglages fin de la grandvoile, au piano, nécessite pratique, observation et bon sens.

L’équipier à la GV est trop en arrière dans le cockpit pour gérer tout ça. Ces réglages seront réalisés par un autre équipier, plus à l’avant du cockpit.

 

Comment obtenir l’ovation du public : les critères de réussite du virement de bord

Voici une petite, très petite, liste des critères de réussite d’un Virement de bord.

  • De près à près

Départ au près sur une amure, fin au près sur l’autre amure, avec ou sans relance.

  • Préparation OK

Tous les détails sont dans la première partie

  • Manoeuvre fluide

Pas de : “où est la manivelle de winch?”, “tu es assis sur l’écoute!”

  • Chaque équipier sait ce qu’il a à faire

Et il le fait, … au bon moment!

  • Moins de 50% de perte de vitesse

Si on part à 5 Noeuds on ne passent pas sous des 4 N

  • Retour rapide au près sur l’autre bord à la vitesse initiale

La manoeuvre devrait durer moins de 20 secondes, relance incluse.

  • Tout l’équipage à le sourire

Parce que tout le monde a pris plaisir à faire la manoeuvre!

Oui, le dernier point a aussi son importance!

virer de bord critere reussite standing ovation a la voile

Ces critères de réussite du virement de bord vous assureront l’ovation du public

N’hésitez pas à vous chronométrer pendant vos virements de bord : hors préparation et réglage en fin de manoeuvre, la durée du virement peut être de moins de 15 secondes pour un croiseur et à peine 5 secondes pour un dériveur.

Si un speedomètre est présent sur votre bateau, vous pouvez aussi contrôler que la perte de vitesse entre le lancement et la fin du virement de bord, avant relance, est de moins de 50%.

 

Avant de fermer le rideau: Pour quel bateau peut-on appliquer cette chronologie?

Cette chronologie s’applique aux voiliers les plus répandus aujourd’hui : les voiliers à un seul mât, une seule voile d’avant, une seule grand-voile triangulaire avec un pataras.

Le gréement : quel type de voilier?

  • Voilier avec un seul mât et une seule voile d’avant.

Il y a deux types de voilier à un seul mât :

Sloop : une voile d’avant

Côtre : deux voiles d’avant ou plus

  • Voilier avec une grand voile triangulaire derrière le mât.

Ce gréement s’appelle le gréement bermudien ou Marconi. C’est le gréement classique des Grand-Voiles. Il peut se retrouver sur des bateaux avec un ou plusieurs mâts.

  • Voilier avec pataras, sans bastaques.

Les bastaques sont des câbles qui retiennent le mât vers l’arrière, un de chaque côté du mât. Sur les voiliers de plaisances, ils ont été remplacé par un seul câble : le pataras. L’utilisation de bastaques permet un réglage plus fin de la voilure mais une mauvaise manoeuvre peut provoquer un démâtage. D’où l’adoption du pataras pour des raisons de sécurité.

virer sortie sur un voilier avec bastaques a la voile

Bastaque sous le vent choquée (juste derrière ma grosse tête)

 

On en fait quoi des bastaques ?

S’il y a des balastes, elle demande deux manipulations de plus pendant le virement de bord. Au moment où on choque l’écoute de la voile d’avant, on va aussi larguer la balaste sous le vent . Losqu’on embraque la contre écoute, on devra également border la balaste au vent, avant que la voile d’avant soit gonflée sur l’autre amure.

virer de bord gros plan bastaque a la voile

Gros plan sur une bastaque sous le vent non reprise

La chronologie décrite dans cet article s’applique donc à la majorité des voiliers modernes : le type Sloop avec gréement bermudien/Marconi et pataras. En raccourci, on dira tout simplement un sloop.

 

Dernier salut avant de quitter la scène : Bon louvoyage !

Vous avez maintenant tous les éléments en main pour vous convertir en un véritable artiste du virement de bord.

N’oublions pas que le bateau nous parle souvent : il faut savoir l’écouter et pas seulement avec les oreilles! Exercez vos 5 sens ainsi que votre bon sens. C’est aussi pour toutes les sensations qu’elle procure que la navigation à la voile rend si heureux!

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon louvoyage. À très bientôt pour un prochain article sur la navigation à la voile.

virement de bord allure pres a la voile contre gite limite faseyement

Allure de près : voiles bordées, bateau qui gîte

Et vous?

Quelle chronologie est-ce que vous utilisez lorsque vous virez? Faites-vous des relances lors de vos virement de bord?

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